Lettre ouverte à Justin Trudeau de Me Jean-Claude Boutin de Lac-Mégantic en référence à la légalisation du cannabis

Lac-Mégantic, le 26 avril 2017

Honorable Justin Trudeau,

Premier Ministre du Canada

Parlement du Canada

Ottawa (Ontario)

Télécopieur: 613 947-0310

 

Monsieur le Premier Ministre,

Permettez-moi, en tant que militant libéral fédéral depuis de nombreuses années, ayant travaillé en particulier avec votre père, ainsi qu’avec Jean-Chrétien et Paul Martin, de vous exposer les motifs pour lesquels je suis contre la légalisation du cannabis.

D’abord, vous vous fiez au rapport du comité de Anne McLellan, qui, soit dit en passant, a évité d’étudier des questions cruciales, pour faire ni plus ni moins un rapport de complaisance.

Ce rapport suggère d’adapter les messages éducatifs en fonction de l’évolution des éléments de preuve et de la compréhension des risques pour la santé.

Il demande aussi de statuer sur une limite de THC acceptable pour les conducteurs avec facultés affaiblies par le cannabis, mais les données scientifiques sur le sujet sont manquantes.

Selon ce rapport, la légalisation du cannabis offre une occasion inouïe aux chercheurs d’évaluer les bienfaits et les dommages du cannabis.  J’espère que l’objectif n’est pas de faire des Canadiens des souris de laboratoire afin de tirer des leçons qui pourront servir au monde entier.  Les études et les vérifications devraient plutôt être faites au préalable.

Vous invoquez 2 motifs principaux pour légaliser le pot :  sauver notre jeunesse et enlever au crime organisé les revenus de ce marché lucratif soit-dit en passant pour le remettre aux entreprises dont certaines ont été très actives auprès du Parti Libéral du Canada, tant par le travail de leurs lobbyistes que par les contacts qu’elles avaient avec le Parti.

Tout d’abord, ces 2 arguments sont fallacieux et vraiment non fondés.  C’est jeter de la poudre aux yeux à nos concitoyens et concitoyennes.

Je vous réfère à une opinion signée par Maria Mourani, criminologue et sociologue, publiée dans La Tribune du 14 avril 2017 qui, à sa lecture, devrait vous faire réfléchir et vous remettre les 2 pieds sur terre, alors que Madame Mourani répond par de solides arguments pour démontrer que vos deux arguments sont vraiment non fondés.

Puis-je vous suggérer de prendre votre bâton de pèlerin et aller consulter la population canadienne sur ce projet de loi, qui, à mon point de vue, nous conduit directement à un désastre humain.

J’espère que vous avez consulté toutes les opinions des experts en la matière et tenu compte des réserves et des questions en suspens concernant la consommation de cannabis.

Deux jeunes hommes de la région de Sherbrooke ont raconté à Radio-Canada Estrie qu’ils étaient contre la légalisation du cannabis puisque cela les a conduits à la criminalité.

La mission du gouvernement fédéral n’est certainement pas, comme vous voulez le faire maintenant, d’apporter des revenus à l’état et à certains producteurs sur le dos de notre jeunesse et de la population.  Nous avons assez de Loto-Québec qui fournit des revenus à l’état à même souvent les plus démunis.

(commentaire de Michel David du journal Le Devoir à RDI Nouvelle le 13 avril 2017)

La consommation de cannabis est dangereuse, tel que l’énonce Natalie Costellanos-Ryan, de l’École de  psychoéducation de l’Université de Montréal.  Selon elle, il manque notamment d’études longitudinales pour comprendre l’effet à moyen et long terme de la marijuana.

Certaines hypothèses laissent croire que les effets négatifs sont plus importants si on commence à fumer du cannabis très tôt à l’adolescence.

(Article de Annabelle Blais,  du Journal de Québec du 5 mars 2017)

Vous semblez banaliser la consommation du cannabis en permettant même à des jeunes d’en bas de 18 ans d’avoir 5 grammes de pot sans pénalité.

Pourquoi ne pas simplement décriminaliser le cannabis et remettre aux organismes qui s’occupent de la prévention des budgets importants pour leur permettre de continuer leur travail de sensibilisation et de prévention?

Voici, tirés d’un article de Philippe Mercure de La Presse Montréal du14/01/2017, des constats qui ne vous laisseront certainement pas indifférent:

«IMPACTS PSYCHOSOCIAUX

À court terme (moins de 24 heures), il est clair que le cannabis perturbe la mémoire, l’attention et la capacité d’apprentissage.  La grande question est de savoir si ces effets perdurent.  L’Académie des sciences américaine souligne que la consommation commence souvent pendant l’adolescence, alors que le cerveau est en pleine transformation, d’ou l’importance de bien comprendre cette relation.  Certaines données montrent une association entre l’usage du cannabis et une détérioration à long terme des capacités cognitives, mais elles sont « limitées ».  Des preuves « limitées » établissent aussi une association entre le cannabis et une moins bonne réussite scolaire, un plus haut taux de chômage et une moins bonne intégration sociale.  Mais attention:  comme avec la santé mentale, on parle ici d’associations et non de relations de cause à effet.»

Il ajoute aussi plus loin que parmi les faits intrigants, les chercheurs observent que l’usage régulier de cannabis semble avoir des propriétés anti-inflammatoires.  Moins réjouissant, il est aussi lié, pendant la grossesse, à la naissance de bébés à faible poids.  Certaines études démontrent également une association statistique entre la consommation de cannabis et la dépendance à l’alcool, au tabac et à d’autres drogues illicites.

(voir article de Philippe Mercure, La Presse Montréal du samedi 14 janvier 2017)

Monsieur Trudeau, êtes-vous prêt à assumer la responsabilité de l’augmentation des décès qui seront occasionnés par les conducteurs intoxiqués par le cannabis et parfois par l’alcool, tel que le tout s’est passé sur les routes au Colorado, dans l’année qui a suivi la légalisation de la marijuana, alors qu’il y a eu augmentation de 32% de la mortalité liée à la conduite sous l’influence de cette drogue.

(Voir document d’information des Juristes du Ministère de la Justice du Canada).

D’ailleurs, les jeunes ne croient pas être une menace à la sécurité publique en conduisant après avoir consommé de la marijuana, alors que c’est tout aussi dangereux que l’alcool, puisque 32% des adolescents ne croient pas que conduire sous l’effet de la drogue est aussi risqué que conduire en état d’ébriété.

Il faut pas oublier également l’impact sur la santé mentale puisqu’il existe des preuves substantielles d’une association statistique entre l’usage de cannabis et le développement de la schizophrénie ou autres psychoses, le risque étant plus élevé chez ceux qui en consomment plus fréquemment.

Voici plusieurs citations concernant la santé mentale:

« Il existe des preuves substantielles d’une association statistique entre l’usage de cannabis et le développement de la schizophrénie ou d’autres psychoses, le risque étant le plus élevé chez ceux qui en consomment le plus fréquemment »

(The U.S. National Academies of Sciences, Engineering and Medicines, The Health Effects of Cannabis and Cannabinoids, janvier 2017, p.S-12

« La forte association entre l’usage de cannabis et la spychose ou la schizophrénie est reconnue depuis plus de vingt ans. »

(Dre Bertha K. Madras, Update of Cannabis and its medical use, Organisation mondiale de la santé, 37th Expert Committee on Drug Dependence (ECDD), Recommendations (2015) Agenda item 6.2, p.10)

« L’usage de cannabis est associé à l’abaissement de l’âge du début d’une schizophrénie ».

(Dre Bertha K. Madras, Update of Cannabis and its medical use, Organisation mondiale de la santé, 37th Expert Committee on Drug Dependence (ECDD), Recommendations (2015) Agenda item 6.2, p.10)

« Les symptômes de la schizophrénie augmentent avec l’usage de cannabis et sa force.  L’ampleur des symptômes est liée à la quantité consommée et à la fréquence de la consommation.  Chez les individus ayant un trouble psychotique établi, le cannabis peut aggraver les symptômes, provoquer une rechute et avoir des conséquences négatives sur l’évolution de la maladie. »

(Dre Bertha K. Madras, Update of Cannabis and its medical use, Organisation mondiale de la santé, 37th Expert Committee on Drug Dependence (ECDD), Recommendations (2015) Agenda item 6.2, p.10)

« La recherche démontre une association entre le début de l’usage de cannabis à un jeune âge à l’arrivée précoce de la schizophrénie et une prévalence plus élevée de psychose, dont la manie.  L’émergence de symptômes psychotiques semble dépendre de la dose, les symptômes s’aggravant alors que l’usage et la fréquence augmentent. »

(Dre Bertha K. Madras, Update of Cannabis and its medical use, Organisation mondiale de la santé, 37th Expert Committee on Drug Dependence (ECDD), Recommendations (2015) Agenda item 6.2, p.13)

Monsieur Trudeau, votre esprit est obnubilé par ces beaux parleurs qui pensent plutôt à faire de l’argent qu’à trouver des solutions et prévenir la consommation de cette drogue.

D’ailleurs, le gouvernement fédéral est en plein conflit d’intérêt en voulant s’occuper de la santé mentale, alors qu’il permettra à plus de personnes de consommer de cette drogue et qu’elles seront alors obligées d’avoir recours au service de santé, lequel en a déjà plein les bras.

Monsieur Trudeau, je suis certain qu’on peut promouvoir la prévention sans passer par la légalisation du cannabis, surtout en pelletant dans le champs des provinces tous les problèmes reliés à la mise en place de cette malheureuse loi, laquelle, à mon point de vue, ne fera pas honneur dans l’avenir.

Votre groupe de travail, je vous le soumets respectueusement, a malheureusement tourné les coins ronds quant à plusieurs aspects de cette législation.

La population du Canada devrait savoir que certains administrateurs et actionnaires des compagnies à qui vous voulez donner le contrat de production du cannabis récréatif sont liés de près au Parti Libéral du Canada.

Cette drogue a déjà fait assez de dommages à l’heure actuelle, sans prendre la chance d’augmenter sa consommation par sa légalisation.  Nous n’avons qu’à penser à Lise Ravary, du Journal de Québec, dans un article du 14 avril 2017, laquelle écrit :

«Désolée, mais troquer un brillant avenir d’ingénieur en informatique ou de microbiologistte, par exemple, pour devenir stoner n’est pas l’affaire du siècle.

Je parle en connaissance de cause.  Je n’ai pas réalisé mon rêve de devenir médecin à cause de mon penchant pour les paradis artificiels dans les années 1960.  J’ai mis du temps à l’admettre.

La drogue  – pot, alcool, opioïdes, etc. –  n’est qu’un symptôme.  La maladie s’appelle la vie, parfois si lourde qu’elle exige que nous mettions parfois le bouton à OFF.

D’accord, mais il vaut mieux garder en tête qu’au moins une personne sur 10 court le risque de trop aimer cela.

Pour les 18-25 ans, le risque d’accoutumance grimpe à 16,3% (US Department of Health, 2012). »

Monsieur Trudeau, votre gouvernement est-il à ce point à bout de souffle en voulant détourner l’attention des vrais problèmes que vit notre société, en proposant une telle législation?

Vous devriez moins écouter les lobbyistes et les producteurs de cannabis thérapeutique qui salivent à la possibilité d’engranger des milliards de profits aux dépens de notre population et surtout de nos jeunes.

Vous devriez aussi, au lieu d’écouter ces charlatans, vous fier à Guy Lafleur, joueur de hockey connu, qui a déclaré être opposé à la législation du cannabis puisque son fils qui, « à cause de la drogue a fait 14 écoles ».   Monsieur Lafleur a même affirmé que si Justin Trudeau avait participé à l’événement à Clarence-Rockland, il serait peut-être revenu sur son idée de légaliser le cannabis.  Monsieur Lafleur participait au lancement, à l’école secondaire L’Escale à Rockland, du programme IMPACT sur la présentation de la drogue.

Monsieur le Premier Ministre, je trouve que l’on banalise trop la consommation du cannabis et ses effets.

Nous n’avons qu’à penser aux employeurs qui seront aux prises avec les problèmes de consommation de cannabis sur les lieux de travail.  Il ne faut  pas être devins pour savoir les conséquences directes de cette drogue sur l’efficacité, la sécurité et la santé de nos travailleurs.

J’ai voté pour un changement de gouvernement lors de la dernière élection fédérale, mais pas pour la légalisation du cannabis.   Est-ce que votre gouvernement est à ce point essoufflé pour vouloir adopter une telle loi, tel que l’explique Michel C. Auger, animateur de Midi Info à Radio-Canada.  Monsieur Auger déclare:

«Si le gouvernement n’avait pas eu plus d’ennuis que prévu après avoir abandonné sa promesse de changer le mode de scrutin, est-ce qu’il aurait été aussi pressé de tenir celle de la légalisation du cannabis?»

Toujours en citant Monsieur Auger, il nous dit:

«Pour un engagement aussi important, on aurait pu s’attendre à un gouvernement qui serait fin prêt quand sa loi serait déposée.  On a plutôt eu droit à une sorte de gâteau pas cuit, avec plein d’éléments essentiels qui devront être déterminés en cours de route, en commençant par le taux de THC , l’ingrédient actif du cannabis, qui seront (sic) permis.»

Êtes-vous prêt, Monsieur Trudeau, à proposer un référendum pancanadien sur cette législation, comme l’ont fait certains états américains?  Êtes-vous prêt aussi à permettre aux membres de votre parti un vote libre sur l’éventuelle adoption de cette loi?

Il serait peut-être intéressant d’avoir une commission parlementaire itinérante sur le sujet, comme l’a suggéré pour le Québec Monsieur François Lizée, chef du Parti Québecois.

Les arguments que vous invoquez pour légaliser cette drogue devraient faire l’objet d’un débat national, où la population canadienne pourrait s’exprimer ouvertement.

Monsieur Trudeau, en votre âme et conscience, vous devriez y repenser à deux fois avant d’aller plus loin dans cette démarche, qui pourrait mener votre gouvernement à une impasse.

Enfin, que pensez-vous de ces jeunes qui, le 20 avril dernier, ont défié les autorités policières en face de notre parlement canadien?  D’après les images montrées à la télévision, je ne suis aucunement édifié par leur comportement.  Ils ne représentent pas la crème de notre société et, surtout, que font-ils pour pouvoir manifester en plein jour?

Jean-Claude Boutin, avocat

Lac-Mégantic

Une réflexion sur « Lettre ouverte à Justin Trudeau de Me Jean-Claude Boutin de Lac-Mégantic en référence à la légalisation du cannabis »

  • 29 avril 2017 à 17 h 02 min
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    Je suis tout à fait d’accord avec monsieur Boutin.
    J’ai 61 ans, j’ai rencontré plein de gens au cours de ma vie.
    Par expérience personnelle, j’ai vu des jeunes de mon âge, dans les années ’70 ,  »Peace and love et cool au bout »! Devenir tellement cool qu’ils ne s’intéressaient à rien d’autre qu’à leur prochain joint! Se traîner les pieds à l’école et au travail, devenir des mollusques poilus et se penser si supérieurs aux autres, parce que bien plus  »allumés » . Tous ne sont pas devenus accro aux drogues dures, mais quelques uns, si. De par les habitudes de vie qui changent peu à peu, un  »mood cool et de plus en plus cool » avec les  »amis », une chose en entraînant une autre, il est facile de se laisser entraîner dans ce genre de spirale de crasse et de mauvaises actions…
    J’en aussi côtoyé d’autres personnes dont la schizophrénie s’est développée avec le pot.
    Ce ne sont pas que  »des peurs de tits vieux » pour avertir les jeunes, je l’ai personnellement constaté! Et j’ai le pot en horreur! Si le cannabis est une solution pour soulager certaines souffrances chroniques, comme on le dit, tant mieux. Mais il devrait être sévèrement contrôlé et administré sur ordonnance seulement.
     »Si Justin Trudeau possède encore une âme et conscience », comme le dit Monsieur Boutin et  »surtout une bonne paire de couilles, quant à moi », cette aberration sera tuée dans l’oeuf!

    Chantal Nadeau
    Lac-Mégantic

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